L'afro house n'a pas construit son élan dans des salons à cordons. Au Royaume-Uni, le genre a grandi via les radios communautaires, les séries de soirées de bouche à oreille et les DJ qui s'échangeaient des edits, une ascension lente jusqu'à devenir, selon MIDiA Research et Splice, le genre de l'année 2026. ACASO montre ce qui se passe quand cet élan rencontre un modèle économique fondé sur la rareté et un dress code.

Qu'est-ce qu'ACASO exactement ?

ACASO démarre comme une soirée londonienne en 2025, fondée par Aaron Murrell et Archie Burnett après qu'un set afro-house entendu au Club Coya à Marrakech en 2024 a marqué Murrell. Les deux hommes recrutent vite le DJ Don Huell comme troisième associé, et avec lui arrive Cooba, sa marque de vêtements, ainsi que le langage visuel luxueux qui définit désormais ACASO : décor rouge profond, visuels LED, dress code strict. Don Huell résume le concept sans détour : « Les gens savent qu'ils vont entendre quelque chose qu'ils n'ont jamais entendu... ACASO l'incarne, parce que c'est authentiquement moi. »

Comment une soirée londonienne est-elle devenue une marque présente dans quatre pays en moins de deux ans ?

L'expansion a été rapide, même pour les standards du nightlife. ACASO installe d'abord sa base dans des salles londoniennes comme le club 77 à Marylebone et Mistress Of Mayfair, puis célèbre son premier anniversaire avec une soirée de lancement à l'Outernet en mai 2026. Le collectif s'implante ensuite à Manchester et, le même mois, à Marbella, en travaillant avec des salles reconnues comme Newscafe, VUDU et Mogli. Les débuts à Ibiza ont lieu à l'été 2026 au Nocturna, un nouveau club de 380 places sous l'hôtel Los Felices à San Antonio, construit autour d'une interdiction des téléphones et, selon ses exploitants, de quatre piliers : « son, service, design et communauté ». Prochaine étape pour ACASO : un retour au Reign londonien le 27 septembre, avant Amsterdam, Göteborg, Stockholm, Mykonos et, à terme, New York l'an prochain.

« Le succès d'ACASO vient du pont qu'on crée, on amène une clientèle huppée dans des salles où elle n'aurait pas mis les pieds autrement. », Archie Burnett, cofondateur

Est-ce une croissance saine pour l'afro house, ou le son est-il revendu à un tout autre public ?

Voilà la tension qui mérite qu'on s'y arrête. La scène afro-house britannique a passé des années à se faire une place, à éviter d'être confondue avec l'UK funky ou engloutie par la montée fulgurante de l'amapiano, en bâtissant au passage sa propre infrastructure faite de radios communautaires, de résidences et de séries de soirées associatives. ACASO ne fabrique pas la musique, il emballe la fête autour, et il le fait avec exactement les mécanismes que les scènes underground s'organisent d'habitude pour éviter : des billets sur DM qui fonctionnent comme une guest-list, un dress code qui filtre l'entrée, et une croissance mesurée en abonnés Instagram et TikTok plutôt qu'en dates de DJ ou en sorties de productrices et producteurs. La communication d'ACASO se décrit elle-même comme « une communauté mondiale qui aligne les cultures par le son, le mouvement et l'énergie », soit exactement le vocabulaire que toute marque de style de vie adossée à un genre musical adopte dès que la demande s'envole. Rien de tout cela ne rend les soirées fausses, et une scène capable d'imposer des salles premium dans quatre pays gagne, à sa manière. Ce n'est simplement pas la même victoire que davantage de temps studio, de contrats de label ou de cachets de DJ alignés sur ceux que la tech house ou la techno européennes obtiennent déjà.