Que fait vraiment False Memory ?
Il casse des choses, exprès. All The Machines, le petit studio qui a fait le synthé de batterie SKIIID, qualifie False Memory d'effet de désintégration audio, et c'est la description honnête. Donnez-lui une boucle propre et il peut la déformer, la corroder ou la démanteler entièrement.
L'interface s'organise autour de quelques moteurs. Un unique curseur Analogique/Numérique fixe la couleur : poussez-le d'un côté pour la décomposition analogique, pleurage de cassette, saturation de bande, erreurs de défilement VHS, poussez-le de l'autre pour les dégâts numériques, aliasing lo-fi, glitchs de circuit-bending et artefacts de data-mosh. Une commande Drift relâche la prise sur la hauteur et le temps, d'un léger tangage nauséeux à l'effondrement total, et un bouton Damage décide de la violence avec laquelle le signal se déchire. Vient ensuite la section d'ambiance : Fog noie le spectre de fréquences dans une brume, tandis que Ghosts laisse l'audio passé resurgir à travers le présent, avec souffle et craquements à disposition.
Le coup malin, c'est Evolve. Activez-le et l'effet s'approfondit de lui-même sur une fenêtre que vous définissez, d'une à soixante-quatre minutes, sans que vous touchiez la moindre commande. Laissez une nappe tourner et revenez à quelque chose qui s'est lentement décomposé.
Pourquoi un producteur de house ou de techno en voudrait-il ?
Parce que la texture, c'est désormais la moitié du travail. Le dub techno, la house organique et profonde, l'ambient teinté de hantologie : beaucoup de disques qui sonnent chaleureux et vécus y arrivent par la saturation de bande, la dégradation des bits et le bruit, pas par un signal immaculé. Une boîte qui fait tout cela sous un même toit, et qu'on peut automatiser pour qu'elle se métamorphose au fil d'un long arrangement, est un raccourci vers un son qui ne ressemble pas à un preset d'usine.
Le mode Evolve est la vraie pépite pour qui fait des formats longs ou du live. Réglez-le sur huit ou seize minutes et un accord tenu devient une lente décomposition autour de laquelle bâtir toute une intro. C'est le genre de mouvement qu'il faut d'ordinaire tout un rack d'automations pour imiter.
Est-ce que ça les vaut, ces 19 euros ?
À 19 euros en lancement sur ordinateur, et 3,99 sur iOS, c'est un achat d'impulsion, et c'est précisément le but. Les outils de glitch et de lo-fi ne manquent pas, et False Memory ne réinvente pas la distorsion. Ce qu'il propose, c'est beaucoup de destruction sous une interface claire, sur tous les formats y compris le téléphone, pour le prix de deux verres. Pour les producteurs qui courent après le caractère plutôt que le vernis, le calcul tient.



