Qu'apporte concrètement Ardour 9.8 ?

Ardour 9.8, sorti le 23 août 2026, embarque un éditeur de gammes et un menu de contrainte de tonalité présents sur chaque piste MIDI. Un clic droit sur l'en-tête de piste permet de fixer sa tonalité et sa gamme, de voir les notes hors gamme surlignées dans le piano roll, et de choisir si Ardour autorise ou non à les dessiner. Trois modes de correction automatique replacent en temps réel les notes jouées au clavier MIDI dans la gamme choisie. Le vrai changement se joue en coulisses : l'accordage s'applique désormais directement aux gammes plutôt que de vivre dans un menu séparé, exactement la plomberie que réclame le travail microtonal. Ardour reconnaît lui-même qu'il s'agit d'un premier jet, avec le tempérament égal à 12 tons (12-TET) toujours par défaut, et le support au-delà du 12-TET, les changements de tonalité sur la timeline et le chargement de fichiers d'accordage Scala annoncés pour plus tard.

La même mise à jour resserre aussi les à-côtés d'un DAW, ceux qu'on ne remarque que le jour où ils lâchent. La récupération après plantage fonctionne désormais pendant l'enregistrement, avec une perte de données plafonnée à environ cinq secondes au lieu d'une prise entière, et les fichiers FLAC ou BWF partiellement écrits sont reconstruits dans de nouveaux fichiers en conservant leurs métadonnées broadcast wave. L'enregistrement de clips gagne un décompte garanti de 2 mesures, l'édition d'accords MIDI une option d'arpégiation, et la liste du matériel compatible s'allonge avec les contrôleurs Launchkey de Novation, le DrumBrute d'Arturia et le Push 2 d'Ableton, tous mappables sans passerelle tierce.

Pourquoi la microtonalité compte pour les producteurs house et techno ?

La plupart des logiciels commerciaux traitent encore le 12-TET comme la seule option possible : sortir un synthé de la grille tempérée occidentale sous Ableton, Logic ou Bitwig oblige en général à passer par un plug-in d'accordage tiers, pas par un menu intégré. Cela a des conséquences réelles pour des genres qui puisent dans des gammes que le 12-TET n'a jamais été pensé pour représenter. L'afro house, l'organic house et plus largement la scène électronique du Sud global s'appuient régulièrement sur les traditions yoruba, le maqam arabe et d'autres systèmes utilisant des intervalles qu'un piano roll standard ne peut pas représenter, et les producteurs minimal ou deep-tech en quête de timbres inhabituels se heurtent au même mur par un autre biais. Un DAW qui rassemble gamme et accordage au même endroit, gratuitement, abaisse la barrière technique pour ce type d'expérimentation, même sous cette forme encore rudimentaire.

Pourquoi un projet gratuit sous GPL continue-t-il de devancer les logiciels payants ?

Ardour n'a jamais fait payer son code source ni ses fonctionnalités, seulement le confort de binaires précompilés et des abonnements de soutien qui financent le développement. Le changelog de la 9.8 porte toujours une mention de copyright remontant à 2008 au nom de son fondateur Paul Davis, et deux décennies de ce modèle ont produit un DAW assez sérieux pour une récupération de session professionnelle, et désormais, fait rare, assez curieux pour remettre en question le 12-TET avant ses concurrents à plusieurs milliards. Il ne surpassera pas Ableton ou Logic en confort de travail. Mais sur la question de qui peut composer hors de la grille d'accordage occidentale sans en payer le prix, le logiciel libre vient de prendre une longueur d'avance.

« On dispose d'une grande liberté sur ce qu'on peut faire ou non : on peut interdire de dessiner de nouvelles notes hors gamme si on le souhaite. » (notes de version d'Ardour 9.8)