Le EMS Synthi AKS n'a jamais été un instrument de masse. Il tenait dans une mallette, coûtait une fortune en 1971, et a fini entre les mains de gens qui s'en sont servis pour inventer des textures que personne n'avait entendues avant : le souffle balayé de Brian Eno sur ses premiers disques, l'effet de mouette sur « Echoes » de Pink Floyd, le chaos de bandes bouclées pendant l'enregistrement de Dark Side of the Moon. C'est l'un des objets fondateurs de la musique électronique. Posséder un original aujourd'hui, c'est dénicher l'une des quelques milliers d'unités existantes et payer un prix à cinq chiffres pour ce privilège.
Behringer veut ramener cet écart à 99 livres. L'AKS Mini, désormais en précommande après un projet teasé depuis environ trois ans, embarque 3 VCO multi-formes dans une architecture paraphonique, ajoute un arpégiateur intégré et un séquenceur de mouvement 16 pas, et garde la disposition qui rendait l'original si étrange à l'époque : un clavier tactile 27 touches et un joystick 2 axes assignable à n'importe quel couple de paramètres, le même geste non conventionnel que les ingénieurs EMS utilisaient pour piloter les balayages de filtre et la hauteur à la main plutôt qu'au potentiomètre.
Est-ce vraiment le même circuit ?
Les tests de l'AKS Mini le décrivent comme une reproduction fidèle des circuits d'oscillateur et de filtre EMS d'origine, pas une approximation logicielle habillée d'une étiquette vintage. Cette distinction compte pour les gens qui vont vraiment l'acheter : tout le catalogue Behringer, du Model D au clone de l'ARP 2600, repose sur la rétro-ingénierie de circuits analogiques plutôt que sur la modélisation logicielle, et c'est la raison pour laquelle les passionnés de synthés prennent l'entreprise au sérieux, même quand ils lui en veulent.
Pourquoi un clone à 99 livres met-il les gens en colère ?
Parce que ce n'est pas vraiment une question d'AKS Mini. C'est une question de ce que le modèle économique de Behringer fait au marché en dessous. Une entreprise capable de cloner un instrument mythique et de le vendre pour une fraction du prix original, une fraction de ce qu'un fabricant artisanal devrait facturer, change ce qu'un petit fabricant peut justifier de construire. Le bénéfice est réel : un jeune à Lagos ou à Lisbonne peut désormais mettre la main sur l'interaction joystick-et-clavier tactile qui a façonné Dark Side of the Moon, sans passer par les gardiens du marché vintage. Le coût est réel aussi : il devient bien plus difficile de financer une petite série artisanale d'un design de niche quand Behringer risque de le cloner dans trois ans pour un dixième du prix. Les deux sont vrais en même temps, et c'est exactement pour ça que chaque annonce Behringer tourne en bagarre de commentaires plutôt qu'en simple haussement d'épaules.
Une entreprise capable de cloner un instrument mythique pour un dixième du prix original change ce qu'un petit fabricant peut se permettre de construire ensuite.
Qu'est-ce qui est vraiment nouveau par rapport à l'original ?
Le Synthi AKS original était monophonique, avec un séquenceur basique pensé pour générer des motifs, pas pour enregistrer une performance. Le Mini ajoute la paraphonie, un arpégiateur, et un séquenceur de mouvement 16 pas qui enregistre les mouvements de potentiomètres et de joystick sur dix emplacements mémoire, des fonctions que personne n'appellerait fidèles au vintage mais qui rendent l'instrument bien plus exploitable dans un studio moderne. L'alimentation USB-C et l'implémentation MIDI complète, NRPN et CC compris, le placent dans un flux de travail que l'original de 1971 n'a jamais connu.
Pourquoi c'est important
Un objet fondateur de l'histoire de la musique électronique qui passe du marché vintage à cinq chiffres à une précommande à 119 euros change qui peut vraiment s'approprier ce son, et ça met plus de pression sur chaque fabricant artisanal qui essaie encore de vendre un clone fidèle à un prix artisanal.
Ce qu'on en pense
On préfère que plus de gens puissent mettre la main sur l'interaction joystick-filtre qui a façonné Eno et Floyd plutôt que de la voir rester enfermée dans les collections de synthés vintage. Mais celui qui prétend que ça ne coûte rien aux petits fabricants qui font le même travail de rétro-ingénierie à dix fois le prix se ment à lui-même.



