Pourquoi Bruxelles a-t-elle imposé cette vente ?
Quand la Commission européenne a validé le rachat de Downtown Music Holdings par Universal Music Group en février 2026, elle a assorti son feu vert d'une condition qui en dit long sur qui, selon les régulateurs, devrait vraiment posséder les infrastructures de royalties. Downtown détenait Curve Royalty Systems depuis 2022, et Curve ne traite pas les royalties uniquement pour son propriétaire du moment : la plateforme sert une part énorme du secteur qui n'a rien à voir avec UMG. La crainte de la Commission était limpide : si le plus gros groupe major du monde finissait par contrôler les tuyaux utilisés par des milliers de labels et distributeurs concurrents pour calculer et verser leurs royalties, UMG obtiendrait un accès direct à des données financières sensibles appartenant à des sociétés avec lesquelles elle est en concurrence pour les artistes, les catalogues et les parts de marché. La cession est donc devenue une condition ferme du rachat, pas une simple recommandation. Jamen Capital et Merlin se sont entendus pour racheter Curve auprès de Virgin Music Group en juin 2026, et la vente a été finalisée le 18 août 2026, une fois l'aval de la Commission obtenu sur l'acquéreur.
Qu'est-ce qui était réellement en jeu pour les labels house et dance ?
La liste des clients de Curve ressemble à une coupe transversale du secteur indépendant : Defected et Armada gèrent tous deux leur comptabilité de royalties via la plateforme, aux côtés d'Epitaph, Exceleration, Reservoir, Sony Pictures Entertainment, Netflix et BBC/Demon. Pour un label comme Defected ou Armada, c'est chez Curve que vivent les vrais chiffres : ce qu'un titre a rapporté sur chaque stream, chaque synchro, chaque territoire, exactement le genre de données qu'un concurrent n'a normalement jamais l'occasion d'approcher. Si Curve était resté, même brièvement, dans le giron d'UMG, ces données se seraient retrouvées à une seule étape d'une société avec laquelle Defected et Armada rivalisent directement pour signer des artistes et négocier des accords de distribution. C'est la logique antitrust résumée simplement : pas que UMG en aurait forcément abusé, mais que posséder à la fois le marché et l'instrument qui le mesure constitue un conflit structurel que les régulateurs n'étaient pas prêts à laisser passer.
Qu'est-ce qui change chez Curve maintenant ?
Pas grand-chose, et c'est voulu. Richard Leach reste PDG, et Curve assure que son équipe, ses produits et ses relations clients existantes sont maintenus à l'identique sous la nouvelle propriété. Leach a qualifié cette conclusion de source d'« indépendance, de stabilité et de soutien » pour la prochaine étape de développement de Curve, tandis que Matt Spetzler de Jamen Capital a présenté l'investissement comme une manière de protéger ce qui fonctionne déjà plutôt que de tout refaire. L'implication de Merlin est l'aspect le plus marquant de l'histoire : Merlin représente les labels et distributeurs indépendants à l'échelle mondiale, et son PDG Charlie Lexton n'y est pas allé par quatre chemins.
« Curve est une infrastructure vitale pour les entreprises musicales indépendantes du monde entier. Finaliser ce rachat garantit son indépendance et fait en sorte qu'elle reste neutre, digne de confiance et proche de la communauté qu'elle sert. »
Pour les labels house et dance qui font tourner leurs cycles de paiement via Curve, la neutralité, c'est justement tout l'enjeu.



