Diego Capoccitti a sorti OktaDie le 6 août, et dès les premières réactions, le plugin a été perçu moins comme un instrument inédit que comme une porte de sortie pour ceux qui n'arrivent jamais à mettre la main sur l'original. Le Lyra-8 du SOMA Laboratory, cette machine à drones conçue à Moscou qui s'est fait une réputation culte dans l'ambient, la techno et la house organique grâce à ses plaques tactiles et ses voix auto-oscillantes et chaotiques, se vend généralement entre 750 et 800 dollars, quand elle est en stock. OktaDie, lui, coûte 9,99 dollars sur ordinateur.

Que fait vraiment OktaDie ?

Le plugin fait tourner huit générateurs de voix non linéaires, répartis en quatre paires au sein de deux groupes, exactement la logique d'organisation que le Lyra-8 applique à ses huit oscillateurs déclenchés au toucher. Chaque paire de voix dispose de ses propres contrôles de tune, mod et shape, avec un accordage continu et non tempéré qui permet aux drones de dériver totalement hors gamme, sans clavier ni quantification. Une matrice de cross modulation permet aux voix de s'influencer mutuellement pour des textures proches de la FM, et un Hyper LFO combine deux LFO via une logique AND et OR pour générer des rythmes qui demanderaient, sur le matériel d'origine, un vrai travail au câble patch. Par-dessus, un delay lo-fi bruité avec cross feedback capable d'auto-osciller, et un étage de drive en mixage parallèle pour ajouter du grain sans perdre le signal sec. Soixante et un presets d'usine et un support MIDI complet, vélocité, aftertouch, pitch bend, CC1 pour le vibrato et MPE, complètent le tableau. Capoccitti propose aussi un second plugin dans le même pack, un processeur d'effets autonome qui applique la chaîne delay et drive à n'importe quelle source audio externe.

Inspiration ou émulation du Lyra-8 ?

Capoccitti ne cache pas la filiation. « Émuler le Lyra-8 n'est pas facile », dit-il à propos du processus de conception. « Il a un son brut et organique très particulier, difficile à imiter. » Ce mot, émuler, en dit plus long que sa fiche produit, qui parle elle d'un instrument « inspiré par » le matériel SOMA : or la structure en paires de voix, le système de contrôle tactile et jusqu'à l'organisation en deux groupes calquent quasiment un pour un le Lyra-8. Ce n'est pas une question juridique, rien n'indique que SOMA soit impliqué ou s'y oppose, et modéliser le comportement d'un circuit culte est une pratique aussi vieille que l'industrie du plugin elle-même. Mais réduire ça à une simple « inspiration » minimise à quel point OktaDie est conçu, délibérément, pour donner l'impression d'être assis devant l'original.

« Il a un son brut et organique très particulier, difficile à imiter. »

L'écart de prix change-t-il vraiment la donne ?

Pour beaucoup de producteurs ambient, drone et house organique, oui. Le Lyra-8 alterne depuis des années entre rupture et réapprovisionnement chez SOMA et ses revendeurs, et à 750-800 dollars, c'est un engagement sérieux pour un instrument de niche, taillé sur mesure pour un seul usage. OktaDie ne reproduira pas les particularités analogiques exactes du matériel, et le toucher des plaques ne se transpose pas parfaitement à une souris ou un écran tactile, mais 9,99 dollars pour la version ordinateur (ou 14,98 dollars en ajoutant la version iOS à 4,99 dollars pour téléphone ou tablette) permettent une vraie tentative de retrouver ce fonctionnement de drone chaotique et semi-génératif, sans attendre une notification de réapprovisionnement.