Nina Protocol a passé des années à construire ce que SoundCloud, malgré sa taille, n'a jamais vraiment réussi à offrir : une plateforme où les artistes underground et expérimentaux se sentaient au centre, pas simplement catalogués. Labels et producteurs pointus, lassés des flux algorithmiques et du streaming financé par la pub, voyaient en Nina une vraie alternative. Puis les fonds ont manqué. Aujourd'hui, ce à quoi Nina s'opposait implicitement possède ce qu'il en reste.

SoundCloud a annoncé ce rachat mercredi, confirmant qu'il absorbe Nina Protocol après sa fermeture, une fermeture que l'entreprise attribue à l'impossibilité de trouver un modèle économique viable. Les termes financiers de l'accord n'ont pas été communiqués.

Que deviennent les artistes et le catalogue de Nina ?

Les artistes qui étaient sur Nina peuvent choisir de transférer leur musique, leur contenu, leurs abonnés et leur travail créatif vers SoundCloud. Rien d'automatique : le processus est présenté comme optionnel, chaque artiste décide s'il migre ou non. Ceux qui transfèrent obtiennent un abonnement SoundCloud gratuit jusqu'à fin 2026, avec accès aux outils de distribution de SoundCloud, à ses fonctionnalités de monétisation directe auprès des fans, et à son système de reversement "fan-powered royalties", que SoundCloud présente comme plus équitable pour les artistes indépendants qu'un simple modèle au flux.

SoundCloud affirme aussi vouloir préserver les archives éditoriales et la cartographie des genres de Nina Protocol, ce journalisme musical et ce commentaire culturel qui faisaient de Nina bien plus qu'un simple hébergeur. Pour une plateforme construite sur l'idée que le contexte et la curation comptent autant que le fichier audio, préserver ces archives est justement ce qui touche à ce qui rendait Nina unique.

Pourquoi l'équipe de Nina ne suit-elle pas ?

C'est le détail qui va le plus faire mal aux artistes et labels qui avaient fait confiance à Nina. Les personnes qui ont bâti la plateforme, écrit sa ligne éditoriale et choisi ce qui était mis en avant ne font pas partie du transfert. SoundCloud récupère le catalogue, la communauté et les archives. Pas l'équipe qui leur donnait tout leur sens.

L'équipe de Nina avait bâti une vraie crédibilité auprès des artistes indépendants et pointus en tant qu'alternative aux plateformes de streaming majeures. Cette crédibilité ne se transfère pas automatiquement avec une base de données.

Ce découpage, le catalogue qui entre et l'équipe qui reste dehors, explique pourquoi une partie de la scène y voit une consolidation plutôt qu'un sauvetage, malgré les abonnements gratuits et les outils de reversement proposés.

Pourquoi cela compte pour la house et l'underground ?

À chaque fois qu'une alternative indépendante est absorbée par une plus grosse plateforme, le nombre d'endroits où un artiste peut construire son public sans finir par passer par les mêmes quelques entreprises se réduit. Nina comptait précisément parce qu'elle n'était pas SoundCloud. Les artistes qui croyaient en cette différence doivent désormais décider si les outils de SoundCloud valent le compromis.