Que se passe-t-il réellement dans le cerveau ?

La trace scientifique la plus solide remonte à une étude de 2011 menée par les neuroscientifiques Valorie Salimpoor et Robert Zatorre, publiée dans Nature Neuroscience. Par IRM fonctionnelle et TEP sur des personnes écoutant des morceaux qui leur donnaient systématiquement des frissons, ils ont observé que le cerveau libère de la dopamine, le même neurotransmetteur lié à la nourriture, au sexe et aux drogues, mais en deux vagues distinctes gérées par deux zones distinctes. Le noyau caudé s'active en anticipation d'un pic, pendant la tension qui précède un break ou une descente. Le noyau accumbens s'active pendant le pic lui-même. Sur un morceau de house, cela colle presque trop bien à la structure du titre : la montée qui construit la tension, c'est le travail du noyau caudé, le retour de la grosse caisse, c'est le noyau accumbens qui encaisse.

Pourquoi le plaisir se traduit-il par une grimace qui ressemble à de la douleur ?

C'est ce qui déroute quiconque observe une rave de l'extérieur. L'universitaire britannique Milton Mermikides, qui a étudié les effets physiologiques de la musique, parle d'une réponse « intermodale » : un groove suffisamment riche rythmiquement pour que le cerveau le traite presque comme une saveur ou une odeur, pas seulement comme un son. Le visage emprunte le même câblage que celui utilisé pour un goût intense, ce qui explique pourquoi une ligne de basse crasseuse et une bouchée trop acide ou trop pimentée peuvent produire une grimace quasi identique. La dissonance joue aussi son rôle : un rythme syncopé ou un accord rugueux est perçu par le cerveau comme une forme de friction productive, et résoudre cette friction sur le temps fait partie de la récompense.

« C'est peut-être simplement le terme moderne pour une expérience musicale documentée depuis longtemps, quelque part entre le plaisir viscéral profond et une forme d'engagement physique, d'irritation, voire de répulsion : une « douleur plaisante » extatique. » (Milton Mermikides)

Pourquoi la house déclenche-t-elle ce réflexe plus que d'autres genres ?

C'est là que la house a un avantage structurel. L'étude de 2022 publiée dans Current Biology par l'université McMaster, menée par Daniel Cameron, a fait jouer un concert avec et sans basses inaudibles sous 60Hz diffusées dans la salle, et a mesuré que le public dansait 11,8% de plus quand la fréquence était présente, alors que personne ne pouvait consciemment l'entendre. L'hypothèse est que les fréquences très graves sont captées par le système vestibulaire, le même mécanisme de l'oreille interne qui gère l'équilibre, pas seulement par les oreilles. Le moteur même de la house, la grosse caisse en quatre temps et une ligne de sub-basse qui ne relâche presque jamais pendant toute la durée d'un morceau, se situe en plein dans cette plage, et y reste en continu plutôt que par à-coups comme le refrain d'un titre pop. Une vraie sono de club conçue pour faire bouger l'air à ce registre produira davantage de grimaces sur un dancefloor que le même morceau sorti d'une enceinte de téléphone, parce qu'une partie de la réaction ne se joue pas dans les oreilles.

Pourquoi c'est important

Cette science donne aux gérants de club et aux ingénieurs du son un argument plus précis que « monter le son » : la réaction physique que le public recherche est liée à des fréquences graves précises qu'une sono restitue correctement ou pas, ce qui plaide pour investir dans le grave d'une salle plutôt que dans son seul volume.

Ce qu'on en pense

La « stank face » prouve que la house a été construite pour le corps avant de l'être pour l'oreille. Les genres bâtis sur des refrains se font accuser de devenir de la musique d'ambiance une fois la nouveauté passée ; la house se fait accuser de répétitivité par des gens qui n'ont jamais senti une sub-basse continue tenir leur équilibre en otage pendant six minutes d'affilée. Cette monotonie, c'est le mécanisme, pas un défaut.