Que vend vraiment Suno ?

Suno a ouvert une liste d'attente pour « Suno Vinyl » le 6 août 2026 : on choisit un morceau dans sa propre bibliothèque générée par IA, jusqu'à 46 minutes d'audio, et l'entreprise le presse sur un disque vinyle 12 pouces en PETG personnalisé, pour 45 dollars plus les frais de port, selon Music Business Worldwide. Pas de curation, pas d'ingénieur de mastering, pas de graveur qui tranche sur un sillon : juste une sortie IA envoyée directement à une usine de pressage. L'argument est simple : le morceau généré dans un onglet de navigateur devient un objet qu'on peut tenir, la même promesse que le vinyle fait aux collectionneurs depuis soixante-dix ans.

Pourquoi le vinyle, et pourquoi maintenant ?

Le vinyle se vend sur la rareté et le savoir-faire : un tirage limité, une gravure précise, l'empreinte d'un producteur dans la cire. Le produit de Suno, c'est l'inverse, une génération illimitée à la demande, et Suno Vinyl tente quand même d'emprunter le poids culturel du format. Le calendrier rend la chose difficile à ignorer. La liste d'attente arrive quelques jours après que Suno a perdu, début août 2026, un procès pour droit d'auteur intenté par la société de gestion collective allemande GEMA devant un tribunal de Munich, et alors que les procès distincts d'Universal Music Group et de Sony Music contre l'entreprise restent actifs. Ajoutez à cela une plainte déposée par l'American Federation of Musicians contre Universal et Warner, accusant les majors d'avoir accordé des licences pour l'usage par Suno et Udio d'enregistrements protégés sans le consentement des artistes, et le tableau devient celui d'une entreprise qui se bat encore pour savoir si elle avait seulement le droit de créer cette musique, tout en vendant désormais des exemplaires physiques.

Quelles ont été les réactions ?

La presse spécialisée n'a pas été tendre. La critique d'ecoustics.com, titrée « Qui a bien pu demander ça ? », qualifie les 45 dollars pour un pressage probablement de piètre qualité d'« arnaque » et cite un lecteur qui écrit : « J'espère que de vrais artistes vont réussir à PO-PO-POURSUIVRE SUNO. » TechRadar va plus loin, présentant le lancement comme un geste qui risque de « s'aliéner les plateformes de streaming, les artistes et les audiophiles », et qualifie sans détour la production de Suno de « bouillie musicale IA ». DJ Mag relie le service vinyle à une tendance plus large : selon le titre, Suno aurait aspiré des données d'entraînement issues de YouTube, Deezer et Genius, juste au moment où les plateformes du secteur déploient leurs propres politiques d'étiquetage IA et de démonétisation visant précisément ce type de contenu.