Pourquoi lancer un label maintenant, après des années chez les autres ?
Tour-Maubourg, producteur parisien de son vrai nom Pierre d'Estienne d'Orves, a construit son catalogue ces dernières années sur des labels qui ne sont pas les siens : Pont Neuf Records, FHUO, FINA, Happiness Therapy, Salin Records. Chacun lui a offert une scène et un budget de pressage. Aucun ne lui a laissé les masters.
Alone Together change la donne. C'est un label mono-artiste à son premier acte, ce qui veut dire que Tour-Maubourg contrôle désormais le calendrier des sorties, les visuels, les prix, et tout ce qui suivra si cette première référence se vend bien. C'est la tendance discrète derrière une bonne partie de la house underground actuelle : des producteurs avec quelques années de dates et de crédits labels derrière eux qui jugent que posséder un petit catalogue vaut mieux que démarcher la boîte mail de quelqu'un d'autre.
À quoi ressemble vraiment « It's Time » ?
Le premier geste du label, c'est l'EP « It's Time », quatre titres : « Sax Track » (avec le saxophoniste Cyan Lu), « Flutes Of Luv », « Xcuse Me » et le titre éponyme « It's Time », mastérisé par Benoit D chez Perception Mastering, prévu pour le 27 novembre 2026.
Tour-Maubourg décrit le disque comme « un repli délibérément intérieur, un retour à une house à l'ancienne, ancrée dans le canon nord-américain des années 90 », citant Masters At Work, Glenn Underground, Strictly Rhythm et Nu Groove comme références, avant d'y glisser des phrases de jazz et des samples organiques, le saxophone en direct sur « Sax Track » en tête.
« Un repli délibérément intérieur, un retour à une house à l'ancienne, ancrée dans le canon nord-américain des années 90. »
C'est une filiation précise et chargée de sens à revendiquer. Nu Groove et Strictly Rhythm étaient des labels new-yorkais bâtis sur exactement le genre d'économie débrouillarde et artisanale sur laquelle Tour-Maubourg mise aujourd'hui avec Alone Together, pas des reliques nostalgiques mais des petites structures qui gardaient la main sur leur catalogue parce que personne d'autre ne le ferait pour elles.
Quel est le pari derrière le nom « Alone Together » ?
Un label construit autour d'un seul artiste, c'est sur le papier une démarche solitaire : pas de roster à gérer, pas d'agenda d'un autre act à respecter. Mais le nom pointe vers l'autre moitié de l'équation : la musique ne fonctionne qu'une fois posée sur un dancefloor rempli d'inconnus qui bougent sur le même groove. Que le vinyle se soit vendu avant même la sortie montre que le public fait déjà confiance au pari, des acheteurs engagés sur un disque qu'ils n'avaient pu entendre qu'en fragments.
Pourquoi c'est important
Un producteur qui prend son indépendance après cinq labels, c'est un petit signal, mais il s'inscrit dans un mouvement plus large de la house underground : des artistes avec assez de public pour choisir de posséder leur catalogue plutôt que de louer une place sur le roster de quelqu'un d'autre.
Ce qu'on en pense
La référence assumée aux années 90 aurait pu sonner comme un simple hommage de façade, mais un pressage vinyle épuisé avant même la sortie montre que le public achète l'artiste, pas les références. C'est le vrai test pour Alone Together à partir de maintenant : Tour-Maubourg saura-t-il garder cette confiance une fois qu'il sera aussi celui qui fixe le calendrier des sorties.



