Qui est vraiment à l'affiche désormais ?
La deuxième vague de l'ADE pour son 30e anniversaire fait passer le line-up confirmé au-delà de 1 500 artistes, la semaine complète (du 21 au 25 octobre) réunissant plus de 3 300 artistes dans plus de 200 lieux à travers Amsterdam. Les noms nouvellement confirmés incluent Äme, Ben Klock, DJ Stingray 313, Eric Prydz, HAAi, Kittin & The Hacker, Maceo Plex, Max Cooper, Miss Monique, Paul Kalkbrenner et Todd Terry.
Cet éventail n'a rien d'un hasard. Ben Klock et DJ Stingray 313 incarnent la filiation minimale et détroitienne qui a bâti la crédibilité de l'ADE auprès de l'underground à l'origine : Klock en résident de Berghain qui a défini une décennie du son Klockworks, Stingray en l'un des derniers DJ à faire vivre en tournée l'héritage d'Underground Resistance. Paul Kalkbrenner et Eric Prydz, eux, remplissent des arénas. Booker les deux sous la même bannière du 30e anniversaire, c'est une déclaration sur ce que l'ADE considère désormais comme son public de base : tout le monde à la fois.
Pourquoi un remix de ballet partage-t-il l'affiche avec Ben Klock ?
Parce que l'ADE ne se limite plus aux nuits en club cette année. Boris Acket monte une installation d'envergure baptisée EINDER, le Nationale Ballet joue Swan Lake Remixed, le planétarium ARTIS accueille une série de Dome Concerts, et l'aquarium ARTIS propose une expérience sonore immersive en 4DSOUND. Rien de tout cela ne définissait l'ADE auparavant. Pendant l'essentiel de son histoire, l'identité du festival, c'était cette semaine où les clubs d'Amsterdam se transformaient en une seule affiche continue pour l'underground ; le volet conférence servait cet objectif, il ne le concurrençait pas.
Booker Ben Klock et DJ Stingray 313 dans la même vague que Paul Kalkbrenner et Eric Prydz, ce n'est pas une contradiction. C'est l'ADE qui lit correctement sa propre économie.
Que dit vraiment cette tension sur l'ADE à 30 ans ?
Trente ans plus tard, l'ADE joue sur deux tableaux à la fois : conserver la crédibilité que confère la présence de Klock et Stingray au cœur d'une vraie semaine techno underground, tout en construisant une programmation institutionnelle et payante, ballet, planétarium, art sonore immersif, qui garde la ville, ses salles et ses partenaires culturels investis toute l'année, pas seulement pendant les heures de club. Qu'on y voie de l'ambition ou de la dilution dépend surtout de celui des 3 300 artistes qu'on est venu voir.
La scène clubbing européenne n'a pas de meilleur cas d'école annuel. Quand la plus grande semaine musique électronique du continent hésite entre la crédibilité techno façon Klockworks et le crossover format arène, les autres festivals ont tendance à copier la formule d'ici une saison ou deux.



