L'acid house existe à cause d'un accident : Roland a conçu la TB-303 en 1982 comme outil d'entraînement pour bassistes, personne ne l'a achetée, et une poignée de producteurs de Chicago se sont mis à tordre son filtre résonant jusqu'à obtenir le squelch fondateur du genre. Plus de quarante ans plus tard, Born Second Records enferme ce filtre, plus deux de ses cousines moins connues, dans un seul plugin à 25 dollars.
BS-203 MacroAcidizer, sorti le 30 août, propose trois modes de synthèse commutables : un mode 303 qui reproduit les oscillateurs carré et dent de scie, l'accent et l'enveloppe de decay de la TB-303 originale ; un mode 202 qui reprend le LFO, le VCO, le mixeur de sources, le VCF et le VCA de la Roland MC-202 ; et un mode BB qui émule la Juteon BassBoy+, un module à filtre deux pôles avec saturation avant et après filtre, jamais parvenu à la notoriété de la 303. Chaque mode se sélectionne dans le même instrument plutôt que d'être vendu à part, et contrairement aux trois machines d'origine, MacroAcidizer tourne en polyphonique 6 voix en plus du mode mono attendu.
Que fait vraiment le séquenceur génératif ?
La fonction que Born Second met en avant, ce n'est pas l'émulation de filtre, c'est le séquenceur. Appelé Acid Brain, il compose lui-même des lignes acid, calées sur une gamme majeure ou mineure choisie, avec un contrôle sur l'ambitus, la longueur du motif, la division rythmique, l'accent et le glissando. On lui donne une gamme et une longueur, il écrit une ligne de basse ; on la sculpte plutôt que de la programmer pas à pas comme le force une vraie 303. Les motifs s'exportent en MIDI, une ligne générée par le plugin peut donc atterrir directement dans le piano roll d'un DAW pour y être retouchée à la main.
Le plugin compose des lignes acid calées sur une gamme et les exporte en MIDI, un flux de travail qu'aucune 303 ou 202 matérielle n'a jamais offert.
Voilà la vraie tension pour quiconque a passé des années à programmer à la main les minuscules boutons d'une 303 hardware : un motif écrit par le logiciel compte-t-il encore comme une ligne acid qu'on a soi-même faite ? Born Second ne vend pas MacroAcidizer comme un substitut à ce rituel. Il vend la rapidité, trois circuits pour le prix d'une tournée de verres, et un séquenceur pensé pour ceux qui veulent le son sans la décennie de chasse au matériel d'occasion qu'exige aujourd'hui une vraie TB-303 ou MC-202.
Pourquoi regrouper trois machines plutôt qu'en cloner une seule ?
Un clone fidèle de 303 tout seul, c'est un marché saturé ; Born Second parie que les modes MC-202 et BassBoy+ font la différence, aucun des deux n'ayant l'offre pléthorique de plugins dont bénéficie déjà la 303. La MC-202, sortie par Roland en 1983 dans la foulée de la 303, est un synthé mono avec séquenceur intégré qui partage une partie de son circuit avec la 303 tout en ajoutant un LFO et un étage de mixage différent ; elle a son public culte dans l'acid et l'électro depuis des décennies, sans jamais avoir hérité de la mythologie de la 303. La Juteon BassBoy+ est plus confidentielle encore, un module de basse artisanal construit autour d'un filtre deux pôles avec son propre étage de saturation. Réunir les trois dans un seul instrument à 25 dollars, avec delay, reverb et saturation intégrés, vise clairement les producteurs qui veulent toute la palette texturale de l'acid sans acheter, transporter et entretenir trois machines vieillissantes.



