Que s'est-il vraiment passé sur la terrasse d'Amnesia ?
Le mardi 15 septembre 2026, Joseph Capriati et Richie Hawtin ont enchaîné un back to back sur la Terrasse d'Amnesia Ibiza, entourés de Toman, Paramida et Vanee ; dans la Club Room, Adiel b2b Alarico, Yanamaste et Nuke tenaient la plus petite salle. Cette date s'inscrit dans la résidence Metamorfosi, un concept que Capriati avait bâti à Amnesia avant de le déplacer ailleurs le temps d'une saison, pour le ramener cette année comme le rendez-vous phare des 50 ans du club : 14 mardis, du 30 juin au 29 septembre, avec au fil de la saison des invités comme Ben Klock, Maceo Plex, Seth Troxler, Dubfire et Anfisa Letyago.
Amnesia a spécialement reconstruit la cabine de la Terrasse pour cette saison : plus basse, avancée jusque sur le dancefloor, pour réduire la distance physique entre les DJ et le public. Des performeurs costumés en papillons évoluaient dans des jeux de lumière pourpre et violette, un clin d'œil de mise en scène au thème de la « métamorphose » qui reste en retrait plutôt que de faire concurrence à la musique.
Pourquoi réunir ces deux-là aux platines ?
Hawtin a construit sa carrière sur la soustraction : Plastikman, le projet F.U.S.E., des décennies de techno minimale pensée pour ne garder d'un morceau que ce qui fait vraiment bouger un dancefloor. Capriati, lui, vient du versant le plus dur de la techno napolitaine et berlinoise avant de devenir l'une des plus grosses têtes d'affiche du circuit tech house ibicenco, ce son qui remplit aujourd'hui presque toutes les terrasses de l'île de mai à octobre. Mettre les deux sur une même table de mixage, c'est obtenir un set qui se construit par négociation, pas par celui qui sort le plus gros drop. Toute la promesse de Metamorfosi, dans les mots mêmes de Capriati, c'est qu'il faut redonner à la musique et au clubbing l'attention qu'ils méritent.
« Revenir dans un club aussi emblématique compte énormément pour moi. La musique et le vrai clubbing ont plus que jamais besoin qu'on leur prête attention. », Joseph Capriati
Le ras-le-bol de la tech house est-il réel ?
Hawtin répète une version de ce discours depuis des années. Dans une interview à Billboard en 2023, il qualifiait la croissance rapide de la techno de « développement énorme, désordonné et confus », prévenant que des foules toujours plus grandes finissent par aplatir une scène née de « gens divers, étranges, expérimentaux » en un seul format reproductible à l'infini. Cette critique tombe pile sur le réglage par défaut d'Ibiza : plus de dix ans de tech house à coups de voix hachées et de roulements de caisse claire, calibrée pour une seule réaction en peak time, jouée en boucle sur les plus grosses terrasses de l'île tous les soirs de la saison. Un back to back ne va pas renverser cette économie, et Amnesia elle-même programme quantité de soirées bâties exactement sur ce format ; l'affiche de Metamorfosi mise elle aussi sur des noms, comme Cloonee ou Mau P, qui fonctionnent très bien dans ce registre. Mais une soirée qui fait débattre les forums et les groupes de discussion ibicencos sur la musicalité, plutôt que de simplement partager un clip du drop, reste sur cette île un résultat rare, et c'est exactement l'argument que Capriati a construit avec Metamorfosi.
Quelle suite pour Metamorfosi ?
La résidence se termine le 29 septembre 2026, dernière date des 50 ans d'Amnesia. Reste à savoir si le club continuera de miser sur ce format une fois l'année anniversaire passée, ou s'il le laissera se fondre dans la rotation tech house classique : c'est la question que se posent déjà les programmateurs pour l'été 2027 à Ibiza.



