Le Cassiopeia ne fermera pas cet été. C'est la nouvelle sortie de Berlin le 11 août : le district de Friedrichshain-Kreuzberg et le Sénat berlinois ont conclu un bail provisoire avec The Kurth Group, la société immobilière privée propriétaire du RAW Gelände qui avait passé le mois de juin à tenter d'expulser le club purement et simplement.
Ce n'est pourtant pas un règlement définitif. C'est un sauvetage à durée limitée, et c'est la ville qui en paie la facture.
Qu'est-ce que Berlin a réellement accepté de financer ?
L'accord couvre le Cassiopeia, la Skatehalle Berlin, le Sommergarten et le reste du « L socioculturel » du site, ce cluster de clubs, d'ateliers d'artistes et de projets jeunesse qui définit le RAW Gelände depuis les années 1990. Il court deux ans, avec une option pour une troisième si le plan d'urbanisme définitif n'est toujours pas bouclé, et il fixe un nouveau loyer d'environ 11,20 euros le mètre carré, contre 4 euros auparavant, soit près d'un million d'euros par an au total.
Le district finance les deux premières années sur son propre budget, l'administration du Sénat s'est engagée à prendre en charge la troisième. Environ 40 % de ce loyer est réservé à l'entretien réel des bâtiments d'un site qui remonte à 1867, et non simplement reversé au bailleur. L'élu écologiste du district Florian Schmidt a qualifié l'ampleur de cette subvention publique de « choix de priorités incroyable », une façon polie de dire que les contribuables financent en partie le loyer demandé par un propriétaire privé pour garder les lumières allumées dans un club.
À quel point le Cassiopeia a-t-il vraiment frôlé la fermeture ?
Bien plus près que la scène ne le pensait. Le Kurth Group, qui a racheté le site du RAW en 2015 avec un projet de reconversion commerciale et résidentielle près du siège allemand d'Amazon, négociait depuis un moment un bail maître de 30 ans qui aurait sécurisé le loyer des clubs en échange de nouvelles constructions sur une partie du terrain. Le 16 juin, l'entreprise a quitté la table, affirmant que les termes précédemment convenus n'avaient pas été respectés et qu'une issue juridiquement sûre au processus n'était plus réaliste. Le Cassiopeia a reçu deux semaines pour évacuer les lieux.
La réponse du club, publiée sur Instagram le jour même, a été sans détour : « on ne lâche rien ». Les exploitants ont averti publiquement qu'une expulsion déclencherait l'insolvabilité immédiate du lieu et mettrait en péril plus de 80 projets liés au site, ateliers, skatepark, petits promoteurs compris, puisque le Cassiopeia sert d'ancrage financier à l'ensemble. Le Sénat et la mairie du district ont tous deux critiqué la décision du Kurth Group à l'époque et poussé pour une reprise du dialogue, ce qui a fini par produire l'accord provisoire du 11 août.
« On ne lâche rien. », Cassiopeia, Instagram, 16 juin 2026
Est-ce un remake de l'histoire du Wilde Renate ?
La comparaison est évidente et pas fausse, mais ce n'est pas non plus une garantie. Le Wilde Renate avait fait face à une pression quasi identique de son propriétaire et à une menace d'expulsion en 2022, avant de s'en sortir toujours ouvert, toujours programmé, devenu depuis une référence berlinoise de ce à quoi ressemble une survie négociée. L'accord provisoire du RAW Gelände va dans ce sens : il offre du temps au Cassiopeia, préserve ses voisins, et donne au district et au Sénat un levier pour continuer à négocier vers ce bail de 30 ans.
Mais deux autres lieux berlinois pris dans la même tourmente n'ont pas eu cette chance. Le Das Gift, à Neukölln, et le KWIA, salle dédiée à la musique ambient, ont tous deux fermé cette année pour des raisons de loyer et de pression du propriétaire similaires, sans subvention publique pour les sauver. La taille du Cassiopeia et son rôle d'ancrage pour des dizaines de petits projets lui ont valu une place à la table qu'un simple bar ou une salle de concert n'obtient pas. Le plan d'urbanisme concret, la tour, les quelque 300 logements, le bail de 30 ans, doit encore franchir l'assemblée de district et la commission principale de la chambre des représentants avant les élections de septembre. D'ici là, le RAW Gelände est sauvé pour deux étés, pas pour toujours.
Pourquoi c'est important
Une ville allemande subventionne désormais officiellement, et à cette échelle, le loyer d'un propriétaire privé pour maintenir à flot un club underground. C'est soit un vrai modèle pour défendre la vie nocturne face à la pression immobilière ailleurs en Europe, soit un cas isolé qui n'a fonctionné que parce que le Cassiopeia était assez grand, et assez bruyant, pour l'imposer.
Ce qu'on en pense
Il faut reconnaître au district et au Sénat d'avoir vraiment débloqué de l'argent, pas seulement des déclarations, pour garder ce lieu en vie, ce qui est plus rare que la habituelle ronde de responsables qui « expriment leur inquiétude » pendant qu'un club se fait raser quand même. Mais parler de victoire minimise ce qui vient de se passer. Berlin paie désormais près de trois fois l'ancien loyer à un propriétaire qui avait tenté de rompre un accord déjà conclu, et la vraie solution à 30 ans dépend toujours d'un vote qui n'a pas encore eu lieu. Le Cassiopeia a mérité ce sursis en étant bruyant, organisé et financièrement indispensable pour 80 autres projets. Das Gift et KWIA n'avaient pas ce levier, et ils ont disparu. C'est là-dessus qu'il faut s'attarder.



