La cathédrale St Paul's ne partage pas d'ordinaire une phrase avec un club de Farringdon connu pour avoir frôlé la fermeture définitive à cause de sa licence. Pourtant, à partir du 29 octobre 2026, fabric devient le partenaire exclusif de la cathédrale pour la musique contemporaine, un accord de quatre ans courant jusqu'en 2030 que personne dans la presse spécialisée n'a pris la peine de lire au-delà du titre.

Qu'est-ce que fabric et St Paul's ont exactement signé ?

Ce partenariat, annoncé le 1er septembre, fait du fabric le seul programmateur de concerts contemporains sous le dôme, dans la continuité de dates uniques déjà complètes avec RY X et Patti Smith. Le premier concert coprogrammé aura lieu le 29 octobre, artiste encore inconnu, avec une préinscription déjà ouverte. Sandra Lynes Timbrell, directrice de l'engagement des visiteurs à la cathédrale, y voit l'occasion d'apporter « une programmation soigneusement pensée de concerts exceptionnels à St Paul's ». Le cofondateur du fabric Cameron Leslie est allé plus loin :

« C'est une rencontre extraordinaire et inattendue entre deux univers très différents de Londres. »

C'est aussi, sans que personne ne le signale, la rencontre de deux choses que Leslie contrôle personnellement.

Pourquoi l'autre casquette de Cameron Leslie compte-t-elle ici ?

Leslie préside le Nightlife Taskforce, la structure mise en place par Sadiq Khan pour remplacer le rôle de night tsar à Londres, adossée à une subvention municipale de 300 000 livres. Sa mission : rédiger les recommandations qui encadrent le fonctionnement des bars, clubs et établissements nocturnes de la capitale, exactement le terrain réglementaire que le fabric doit négocier chaque semaine où il ouvre ses portes. Rien n'indique que Leslie ait utilisé ce siège pour décrocher la résidence à St Paul's, et rien ne suggère que la cathédrale ait eu besoin d'un appui politique pour choisir son programmateur. Mais un seul et même homme siège désormais aux deux bouts de la table : il recommande les règles de la nuit londonienne, et dirige le club qui vient de réaliser l'un des plus gros coups d'accès du secteur cette année.

Faut-il s'inquiéter de l'image que cela renvoie ?

Personne n'accuse le fabric d'avoir acheté son entrée à St Paul's, et avoir un véritable acteur du terrain dans un organe de politique nocturne est presque le principe même de la démarche, qui de mieux placé pour écrire des recommandations applicables qu'une personne ayant vécu une révocation de licence ? La quasi-fermeture du fabric en 2016, quand le conseil d'Islington avait retiré sa licence après deux décès liés à la drogue, est précisément le type d'expérience qui fait de Leslie une voix crédible au sein du Taskforce. Le problème, ce n'est pas l'intention, c'est la transparence : un article sur qui obtient de programmer l'une des salles les plus prestigieuses de Londres devrait au moins signaler que le programmateur retenu contribue aussi à écrire les règles que tout le secteur doit suivre. Cette ligne manquait dans chaque article consacré à ce deal.

Pourquoi c'est important

Quand les personnes qui façonnent la politique de la nuit dirigent aussi les établissements en compétition pour les plus grandes opportunités du secteur, l'industrie a besoin que ce double rôle soit énoncé clairement, à chaque fois, et non laissé aux lecteurs à décrypter eux-mêmes. La confiance dans des organes comme le Nightlife Taskforce dépend de leur indépendance manifeste vis-à-vis des intérêts commerciaux d'un seul acteur.

Ce qu'on en pense

Rien de choquant à placer un véritable patron de club dans un organe qui écrit la politique de la nuit, c'est ainsi qu'on évite des recommandations rédigées par des gens qui n'ont jamais tenu une porte un samedi soir. Mais la couverture médiatique a raté un test élémentaire : signaler le conflit, même bénin, et laisser les lecteurs en juger. Personne ne l'a fait, et la responsabilité en revient aux médias qui ont traité cette histoire comme une pure rédemption, sans une seule ligne de contexte sur qui Cameron Leslie représente aussi.