En ce moment même, pendant que l'attention de la scène house et techno se concentre sur les derniers grands rendez-vous en plein air d'Europe, un festival d'une semaine se déroule dans toute une ville indonésienne, sans tête d'affiche, sans billet unique et sans société derrière. GAUNG Gumaung, l'évènement phare du réseau GAUNG, basé à Yogyakarta, a lieu du 7 au 13 septembre 2026, réparti sur plus de neuf lieux, plus de 40 musiciens et plus de 13 collectifs, selon Mixmag Asia.
Que se passe-t-il concrètement pendant GAUNG Gumaung ?
La semaine s'ouvre avec un rassemblement hip hop au point kilométrique zéro de la ville, puis bascule le 8 septembre vers une programmation de rue dans le quartier de Wijilan, avec Nū (Melbourne) et le Kényan Lord Spikeheart. Ensuite, la programmation devient de plus en plus singulière et liée aux lieux : « Noise on the Bus », le 10 septembre, transforme un bus public en scène pour une performance improvisée, associée à l'ensemble GAUNG Jagat de Gudang Sempu ; le 11 septembre accueille une soirée club montée avec Post Party Syndroma. La semaine se termine avec Klub Menepi IX, un camp en plein air de deux jours dans la forêt de bambous de Bulaksalak, sur les flancs du mont Merapi, mêlant concerts et session de plantation d'arbres. Toute la semaine, GAUNG Diskotek, disquaire, salle d'écoute et archive installés à la Langgeng Art Foundation, sert de base au festival, avec des sets DJ signés Mantrino Records. La majeure partie de la programmation, selon Mixmag Asia, est gratuite.
Pourquoi une soirée funkot compte-t-elle ici ?
La soirée du 9 septembre, « GAUNG Gong : Funkot All Night Long », montée avec Prontaxan, célèbre les vingt ans du funkot, ce courant de musique de danse indonésien rapide et maximaliste né dans les circuits de discothèques et de karaoké de Jakarta, qui mêle des tempos house et techno au dangdut et à l'eurodance pour donner quelque chose de plus véloce et plus brut que les deux. Le genre est rarement pris au sérieux hors d'Indonésie, traité à l'international comme un mème plutôt que comme une scène bien réelle avec ses propres producteurs, DJ et dancefloors. Consacrer une soirée pour ses vingt ans dans un festival qui programme aussi du noise kényan et de la musique club mélbournienne est une prise de position : le funkot appartient à la même conversation que le reste de la scène électronique du pays, pas en dessous.
Quel est le vrai modèle, et pourquoi le reste de la scène devrait-il s'y intéresser ?
GAUNG a été fondé en 2024 par Wok The Rock, aux côtés d'Andreas Siagian et Ari Wulu, trois producteurs et programmateurs actifs dans la scène électronique et expérimentale indonésienne depuis la fin des années 1990 ; la chercheuse et musicienne Leilani Hermiasih a rejoint l'équipe de programmation en 2025. Pas de hiérarchie centrée sur une tête d'affiche, pas de promoteur unique propriétaire de la semaine : les fondateurs partagent les décisions de programmation, et le festival clôt un cycle 2026 plus long, entamé en mai avec des rencontres publiques et poursuivi en juin avec des ateliers de production. Cette structure est le vrai sujet pour un lecteur berlinois ou londonien habitué à une industrie du festival de plus en plus rachetée par des fonds d'investissement comme KKR ou Superstruct : GAUNG prouve qu'une semaine électronique multi-lieux peut fonctionner comme une infrastructure communautaire, financée et animée par la scène qu'elle sert, presque gratuite, avec une session de plantation d'arbres en clôture plutôt qu'un carré VIP.
Un festival d'une semaine sans tête d'affiche, sans billet unique, avec une session de plantation d'arbres le dernier week-end.
GAUNG s'appuie sur tout un écosystème expérimental à Yogyakarta, de la programmation expérimentale de Yes No Klub, active depuis plus de dix ans, à Jogja Noise Bombing et Tuesday Louder, le collectif derrière la soirée de rue du 8 septembre. Rien de tout cela ne dépend de capitaux extérieurs à la scène.



