Infinite est le genre d'outil qui demande en général une équipe et une grille tarifaire. C'est une station de travail à base de nœuds où la synthèse modulaire, la vidéo GPU en temps réel, le rendu 3D et l'hébergement de plugins vivent sur le même canevas, et elle est gratuite, open source, construite par un seul développeur : Naman Soni, connu sous le pseudo n1m21n sur GitHub. Le 31 octobre, le projet a franchi le cap de la version 1.0, avec une liste de nouveautés qui donne enfin au logiciel les moyens de ce que les utilisateurs essayaient déjà de faire avec.

Qu'est-ce qui arrive vraiment avec la version 1.0 ?

Les ajouts phares sont un Piano Roll (pistes MIDI, clips, couleurs calées sur la gamme, import .mid direct), un Sample Studio pour éditer et découper les samples avec suivi de tempo et génération de boucles, et un panneau Terminal qui exécute de vraies commandes sur le moteur, jusqu'à un hôte ConPTY sous Windows et des réglages pour le fonctionnement sans interface. Il y a aussi une vue 3D : clic droit sur n'importe quel nœud pour envoyer sa sortie dans une scène rendue par caméra, avec éclairage, reflets et effets de verre, puis reconvertible en nœuds si on veut continuer à patcher. Trois nouveaux instruments à modélisation physique complètent le tout : un piano au grain Rhodes et Wurlitzer, un nœud à vent couvrant clarinette, saxophone, flûte et cuivres, et un nœud à cordes pour guitare, harpe, violon et violoncelle avec contrôles de médiator et d'archet.

Pourquoi un seul canevas de nœuds change-t-il la donne ?

Un rig VJ qui fonctionne, une voix de synthé modulaire et une chaîne de plugins, ce sont normalement trois logiciels différents, trois flux de travail différents, et souvent trois machines différentes. Infinite met tout ça sur un seul patch : plus de 140 types de nœuds couvrant synthèse, compositing GPU, modulation, analyse et sortie, avec en plus l'hébergement VST3 et AU qu'on peut moduler avec les mêmes LFO et suiveurs d'enveloppe qui pilotent les visuels. Besoin d'un nœud qui n'existe pas encore ? Field, le langage intégré d'Infinite, permet d'écrire un court kernel plutôt que d'attendre un nœud figé, et le moteur détermine lui-même si ce kernel doit tourner comme un shader GPU, un processeur de géométrie ou du DSP audio.

Le moteur tourne sans interface, avec un mode ligne de commande capable de rendre ou de valider un patch depuis un terminal, un script ou une tâche CI, sans qu'aucune fenêtre ne s'ouvre.

Ce mode sans interface compte plus qu'il n'y paraît : un patch peut être traité comme du code, testé et rendu automatiquement plutôt que surveillé à la main, exactement ce qu'il faut pour qu'un projet open source porté par une seule personne puisse grandir au-delà de son créateur.

À qui s'adresse vraiment cet outil ?

Pour quiconque fabrique des visuels live pour des sets house ou techno, ou fait tourner un rig modulaire à côté d'un ordinateur chargé de plugins, Infinite réduit à la fois le budget et le nombre de machines à un seul téléchargement gratuit, pour macOS, Windows et Linux, avec des projets portables et partageables entre postes. Il ne remplacera pas du jour au lendemain une console de mixage dédiée ou une suite VJ éprouvée, mais un outil avec autant de champ d'action, gratuit, c'est exactement le genre de chose qui finit par s'imposer discrètement dans une scène.