Que s'est-il vraiment passé sur scène au R² Festival ?

Le 18 août, sur la scène principale hexagonale de son propre R² Festival à Spaarnwoude, Reinier Zonneveld a confié une partie de son set à quelque chose qui n'est pas un DJ invité. R2 est le nom qu'il a donné au système d'IA qu'il a construit pour refléter ses propres réflexes musicaux, et pour la première fois il l'a traité comme un vrai partenaire de back-to-back, et non comme une simple bande son ou un gadget de communication. Des visuels sur scène indiquaient en temps réel au public si c'était Zonneveld ou R2 qui tenait le mix. Il n'a jamais lâché son propre matériel : la Roland TR-909, la SH-101 et la TB-303 sont restées actives sous ses mains pendant tout le set, les apports de R2 venant s'ajouter à ce rig plutôt que de le remplacer.

Comment R2 a-t-il été construit, et avec la musique de qui ?

R2 ne vient pas d'un jeu de données générique aspiré sur internet. Il a été entraîné sur plus de 2 000 heures d'enregistrements originaux de Zonneveld et sur des extraits de plus de 1 000 de ses concerts, étalés sur 15 ans, ce qui signifie que tout ce que le modèle peut produire vient de son propre catalogue, et de celui de personne d'autre. Cette nuance compte particulièrement pour lui : il a souvent dénoncé le problème inverse dans l'industrie, des morceaux d'artistes utilisés pour entraîner des IA sans consentement ni rémunération. Construire R2 uniquement à partir de matériel qui lui appartient est sa réponse à ce combat, et une façon de tester le plafond créatif de l'IA sans emprunter le son de qui que ce soit d'autre.

"À ma connaissance, personne d'autre n'a tenté un projet comme celui-ci." - Reinier Zonneveld

Ce B2B clôture-t-il le débat sur l'IA en techno, ou le relance-t-il ?

Depuis deux ans, la techno combat surtout l'IA sous forme d'accusation : des morceaux produits par des fantômes puis présentés comme un travail humain, des clones IA de DJ que personne n'a demandés, des labels qui font tourner discrètement des modèles sur de la musique qui ne leur appartient pas. Le geste de Zonneveld avec R2 va dans le sens inverse. Il possède les données, il reste sur scène du début à la fin, et le set ne fonctionne que parce qu'il doit réagir en direct à ce que le modèle lui renvoie, devant 16 000 personnes, sans aucun montage. C'est un argument solide en faveur de réflexes humains encore impossibles à reproduire. Mais c'est aussi une preuve de concept, et dès lors qu'un des plus gros noms de la hard techno montre qu'une machine construite à partir de son propre catalogue peut tenir une scène principale, la pression monte sur tous les autres artistes du genre pour tenter la même chose, avec sans doute beaucoup moins de scrupules sur la provenance des données.

Pourquoi c'est important

Une tête d'affiche de la hard techno vient de démontrer publiquement, sur son propre terrain, qu'une IA entraînée sur le travail d'un artiste peut partager la scène avec lui plutôt que le remplacer, ce qui installe un précédent très différent des scandales de ghost production et de clonage non autorisé que la scène combat depuis deux ans.