Retirer un DJ d'une affiche, c'était la partie facile. En février, en 48 heures à peine après l'apparition d'accusations visant plusieurs artistes hard techno, des promoteurs sur quatre continents, de Verknipt à GLITCH Festival, HIVE Festival, XXL, REBELS Mexico, Pitch Music & Arts, See You Festival et Face2Face, avaient discrètement effacé les noms concernés de leurs programmations. Steer Management, l'agence de booking au centre de l'affaire, a suspendu sa collaboration avec plusieurs artistes de son roster ; d'autres sont partis d'eux mêmes.

Cette réactivité, c'était la réaction. Ce qui n'a pas suivi, selon un bilan à six mois publié par Techno Airlines le 21 août, c'est un quelconque processus qui l'accompagne. Aucun promoteur, aucune agence, aucun organisme n'a publié ce qu'un retrait est censé déclencher ensuite : qui l'examine, sur quel délai, et ce qu'un artiste devrait démontrer pour retrouver une place en booking. Techno Airlines n'a trouvé aucune preuve qu'un seul des DJs cités en février ait rejoué en festival depuis.

Pourquoi les retraits ont-ils été tellement plus rapides que tout examen ?

Parce que retirer un nom d'une affiche est une décision unilatérale, en théorie réversible, qu'un promoteur peut prendre seul, avocat à portée de main et un événement à protéger. Examiner une accusation et décider ce qui justifierait de revenir sur cette décision demande une collecte de preuves, une procédure équitable pour la personne visée, et une définition partagée de ce que signifie être « blanchi » ou « réintégré ». Rien de tout cela n'existe à l'échelle du genre. Comme le formule Techno Airlines dans son bilan : une programmation peut être effacée en deux jours, tandis que les plaintes et les enquêtes se jouent sur des mois voire des années, et la hard techno, un genre qui vit quasi entièrement de la tournée, n'a rien construit pour l'espace entre les deux.

Personne n'a publié de seuil pour dire ce que signifie un retrait, quand il est réexaminé, ni ce qu'exigerait un retour. Tant que personne ne le fera, chaque promoteur improvisera seul la même décision.

Quelqu'un a-t-il construit un processus depuis février ?

Pas vraiment. L'Association For Electronic Music, l'organisme professionnel le mieux placé pour fixer une norme à l'échelle du genre, s'est surtout contentée de renvoyer vers ce qui existait déjà avant les Steer files : une ligne d'écoute confidentielle gérée via Health Assured, et un lien de renvoi vers le CIISA (la Creative Industries Independent Standards Authority) pour la médiation et l'enquête formelle. Les deux existaient avant février. L'AFEM a aussi déclaré publiquement que « le changement ne peut pas reposer sur la parole des victimes » et qu'il s'agit d'une « responsabilité partagée », un discours juste sur le fond et qui, six mois plus tard, ne s'est toujours pas traduit en norme écrite à laquelle un promoteur, un agent ou un artiste pourrait se référer.

Résultat : chaque salle et chaque festival mène son propre calcul en interne, retirer le nom vite pour protéger la marque et le public, puis régler la question d'une éventuelle réintégration, si elle se pose un jour, sans référence commune et sans reddition de comptes publique sur la manière dont cette décision est prise.

Ce qu'on en pense

La rapidité des retraits de février n'a jamais vraiment fait débat, le risque d'image fait toujours bouger les promoteurs vite, dans n'importe quel secteur. L'absence de structure six mois plus tard, voilà la vraie histoire, et c'est un échec collectif d'institutions qui avaient le temps de bâtir un cadre et ont préféré répéter un numéro d'écoute plutôt que de réformer quoi que ce soit.