Trois institutions de la musique électronique néerlandaise disparaissent, et la quatrième vient de perdre le droit de se gérer elle-même. Voilà ce que cache en réalité ce que Superstruct Entertainment appelle un « processus d'optimisation de portefeuille ».
Le conglomérat de festivals détenu par KKR a dissous Apenkooi Events, la structure liée à ID&T qui organisait DGTL depuis que le groupe ID&T de Superstruct a pris une participation dans Apenkooi en 2022. STRAF_WERK, Pleinvrees, Amsterdam Open Air et la plus petite marque Vunzige Deuntjes sont purement et simplement arrêtés. STRAF_WERK, un rendez-vous incontournable du clubbing néerlandais, a déjà joué sa toute dernière édition le 27 décembre 2025.
Pourquoi DGTL passe-t-il sous son propre rival ?
DGTL survit, mais plus comme entité indépendante. À partir du 1er mai 2026, sa programmation, ses bookings et sa production passent sous Monumental, la structure qui gère déjà Awakenings, la marque techno phare de Superstruct. Concrètement, l'un des festivals house et techno les plus respectés d'Europe, connu pour une identité curatoriale bien distincte de la techno grand format, partage désormais ses équipes, ses circuits de booking et sa machine marketing avec la marque à laquelle on le comparait autrefois.
Un porte-parole de Superstruct Pays-Bas résume tout en une phrase : « Nous revoyons régulièrement notre portefeuille pour déterminer où concentrer nos ressources et nos investissements. » C'est la formule classique du private equity pour dire qu'on centralise les effectifs et qu'on coupe tout ce qui ne rapporte pas assez, appliquée ici à une scène qui a construit sa réputation sur l'instinct inverse : des petites équipes, des bookings pointus, un festival qui donnait l'impression d'appartenir à quelqu'un.
Que dit ce dossier sur la propriété des festivals par le private equity ?
STRAF_WERK et Pleinvrees n'ont jamais été des mega-festivals. C'étaient le genre d'événements de taille moyenne, typiquement néerlandais, qui donnent à une scène nationale son grain entre les grosses têtes d'affiche. Leur disparition, couplée à l'absorption de DGTL, c'est ça, « l'efficacité » appliquée à un portefeuille de festivals racheté à coups de levier : les identités distinctes se fondent dans la marque qui dispose déjà de la plus grosse infrastructure, et les titres qui ne justifient pas leur propre compte de résultat s'arrêtent, tout simplement.
« Nous revoyons régulièrement notre portefeuille pour déterminer où concentrer nos ressources et nos investissements. »
Gardens of Babylon est la seule autre marque issue d'Apenkooi épargnée par la coupe, et continue au sein de la structure Superstruct Pays-Bas restructurée.
Pourquoi c'est important
Quand un propriétaire de private equity absorbe l'identité d'un festival dans sa propre marque concurrente plutôt que de le laisser simplement disparaître, cela signale que le rachat n'a jamais eu pour but de préserver ce qui rendait l'événement distinct : c'était les relations de booking et le public, qui alimentent désormais le produit phare de la maison mère.
Ce qu'on en pense
Parler de « processus d'optimisation de portefeuille » a au moins le mérite d'être honnête à sa manière cynique : ça dit exactement comment Superstruct voit un festival comme DGTL, une ligne de portefeuille à réaffecter plutôt qu'un projet curatorial à protéger. La scène devra observer si la programmation de DGTL ressemble encore à DGTL un an après son passage sous Monumental, ou si elle devient tranquillement un Awakenings avec un autre logo.



