Tim Exile passe près de vingt ans à construire des instruments que personne d'autre ne pouvait toucher : des rigs Reaktor câblés sur mesure pour un seul live, des expériences granulaires sous MetaSynth, des séquenceurs affublés de petits noms comme Duffy ou Roisin. Karst, c'est ce même réflexe, enfin mis en boîte pour quiconque a un navigateur et une idée de ligne acid.
Karst, c'est quoi exactement ?
Karst est l'environnement audio modulaire maison de Tim Exile, construit par nœuds à la manière de Reaktor, actuellement en bêta privée (v0.1) dans le navigateur. L'accès coûte 69 livres, soit 30% de moins que le prix de 99 livres prévu à la sortie de bêta, et un essai gratuit permet de tester avant de payer. Les systèmes se sauvegardent dans le cloud : un patch monté chez soi se retrouve tel quel sur un ordinateur portable en balance avant un set.
Pourquoi sans câbles par défaut, et où reviennent-ils ?
Reaktor et VCV Rack partent tous deux d'une baie de patch vide : rien ne sonne tant qu'on n'a rien câblé. Karst fait l'inverse. On dépose un instrument ou un effet dans l'espace de travail et il se connecte automatiquement dans la chaîne de signal, si bien qu'un son exploitable existe en quelques secondes. Les câbles n'ont pas disparu pour autant : Karst garde le patch manuel pour les routages que l'auto-connexion ne peut pas deviner, comme les chaînes d'horloge ou la séparation d'un signal audio vers plusieurs destinations. C'est un système pensé pour être jouable d'abord, patchable ensuite, et non l'inverse.
« Faire de la musique en studio me semble aujourd'hui vain. » Tim Exile, cité par CDM à propos de son goût pour construire des instruments plutôt que de finir des morceaux de façon conventionnelle.
Cette phrase, tirée de la couverture par CDM de son précédent projet Reaktor, le New Modular System (NMS), c'est justement la philosophie que Karst hérite : privilégier le flux plutôt que la finition, une boucle créative continue du premier patch jusqu'à la scène.
Qu'y a-t-il vraiment dedans, et ça remplace mes plugins ?
Karst embarque pour l'instant un générateur de basse acid, un générateur d'accords, des machines kick et snare, un résonateur et une réverb à modulation, et Tim Exile ajoute de nouvelles machines chaque semaine. Deux éléments l'élèvent au-delà du gadget : Generative DNA, des algorithmes qui construisent des séquences évolutives sans programmation manuelle d'événements, et 24 macro-contrôles globaux conçus pour piloter tout un système en live. Surtout, Karst héberge aussi les propres plugins VST ou AU du producteur au sein du système, de sorte qu'un synthé ou un effet déjà possédé peut côtoyer les machines natives de Karst et hériter de son routage génératif et de modulation, plutôt que d'obliger à tout reconstruire depuis zéro.
Et la suite ?
Pour l'instant, Karst tourne uniquement dans le navigateur. Tim Exile s'est engagé sur une application autonome et un plugin VST3 pour le quatrième trimestre 2026, qui permettraient à Karst de fonctionner hors ligne et de s'insérer directement dans une session DAW plutôt que dans un onglet de navigateur. Quiconque avait déjà soutenu son précédent New Modular System, qui exigeait une licence complète de Reaktor 6.5 et était sorti à 49 livres en prototype, reçoit Karst gratuitement : pour Tim Exile, Karst succède au NMS, ce n'est pas une gamme à part.



