Qu'est-ce que Goldfinger, exactement ?

Goldfinger est un nouveau plugin du développeur The Usual Suspects qui recrée le Waldorf Q, le synthé virtual analog phare de la marque allemande sorti en 2000, architecture pour architecture. Il est 16 voix, bâti autour de trois oscillateurs plus bruit et modulation en anneau par voix, et reprend l'option wavetable PPG du Q, cette technologie d'oscillateurs numériques qui a fait la signature sonore de Waldorf. Sous le capot : doubles filtres multimode avec FM et distorsion, un mélange de filtrage en parallèle ou en série, quatre enveloppes ALDSDDR, trois LFO audio-rate, une fonction de morphing de paramètres Xmorph et huit processeurs d'effets (chorus, flanger, phaser, overdrive, AM, delay, reverb). Un séquenceur intégré propose deux banques de 16 pas, extensibles à 256 notes, avec vélocité et cutoff par pas. The Usual Suspects fait actuellement tourner tout ça en bêta privée, ouverte aux soutiens Discord moyennant une contribution minimale de 20 livres.

Pourquoi faut-il la ROM d'origine ?

Voilà le hic : Goldfinger ne sort aucun son tant qu'on ne lui fournit pas un dump de ROM extrait d'un vrai Waldorf Q. Ce n'est pas une recréation clean-room qu'on installe et qu'on joue directement, c'est une coquille qui reconstruit le moteur du Q autour d'un code que vous devez déjà posséder, extrait d'une machine que vous devez déjà avoir en votre possession. C'est le même contournement qu'utilisent les émulateurs de consoles depuis des décennies : l'émulateur est légal, mais le faire tourner suppose un BIOS que vous dumpez vous-même depuis une machine vous appartenant. Pour un éditeur sans accord de licence, c'est toute la différence entre un procès et un outil en zone grise : The Usual Suspects ne distribue pas le firmware de Waldorf, il vous demande de fournir le vôtre.

Pourquoi le son du Q compte pour les producteurs house ?

Le Q original, et son moteur wavetable hérité du PPG, est un pilier de la deep house et de la minimale depuis le début des années 2000, pour la même raison qui le rend aujourd'hui cher et rare : il produit une texture bien précise, entre numérique et analogique, que rien d'autre ne reproduit vraiment, quelque part entre la clarté abrasive d'un PPG Wave et la chaleur d'un vrai filtrage analogique. Un exemplaire d'occasion dépasse régulièrement les mille euros quand il s'en trouve un. Goldfinger n'abaisse pas vraiment cette barrière, il la déplace : plutôt que de payer le prix fort pour la machine d'occasion, les producteurs qui possèdent déjà un Q, ou qui peuvent y accéder, peuvent désormais le faire tourner dans un DAW, au prix de prouver qu'ils le possèdent bel et bien.