Que se passe-t-il concrètement quand on tourne un seul bouton ?
drft fait agir six réglages, bend, burn, drift, dropout, wash et noise, sur l'audio et la vidéo en même temps. Burn sature le son comme une tête de lecture brûlée et fait chauffer l'image. Drift ajoute un flottement de hauteur façon wow and flutter au son, pendant que l'image dérive et laisse une traînée fantôme derrière elle. Bend écrase le son en bits et gauchit le tube cathodique. Wash adoucit le mix en une brume et élargit le champ stéréo, pendant que l'image se dilue. Noise noie l'audio dans le souffle et l'écran dans la neige. Le dropout est l'exemple le plus littéral de ce couplage : SampleRoll le décrit comme câblé directement d'un bout à l'autre de la machine, si bien qu'à l'instant où un dropout troue le son, l'image se déchire sur la même image.
Voilà le vrai argument : non pas un filtre VHS posé sur un morceau déjà fini, mais un seul et même chemin de signal où le son et l'image forment un unique instrument, réagissant aux mêmes six boutons à la fois.
Pourquoi cette boucle de rétroaction compte-t-elle pour un set AV live ?
Que l'audio pilote la vidéo, c'est la moitié facile. La partie la plus intéressante, c'est le mode FEED, qui fait marcher le couplage à l'envers : il lit la luminosité et le mouvement de l'image et réinjecte ces données dans le traitement audio, si bien qu'une image chargée et lumineuse peut pousser le son aussi fort que le ferait un tour de bouton. Associé aux 20 générateurs FIELD intégrés, drft peut produire ses propres visuels (plasma, tunnels, kaléidoscopes, moirés, aurores) sans la moindre source externe, ou récupérer un flux en direct depuis une webcam, une carte de capture, ou un iPhone via Continuity Camera sur Mac.
Pour qui gère les visuels d'un set en club ou en warehouse, cela ramène à un seul plugin, dans une chaîne d'effets classique, un travail qui exige d'ordinaire deux personnes et deux setups, un DJ et un VJ dédié sur du matériel séparé. Un set enregistré dans drft s'exporte en MP4 1080p synchronisé, à 30 ou 60 images par seconde, en 16:9, en vertical 9:16 ou en ultra-large 2,75:1, prêt à projeter sur un mur ou à découper en clip.
Fusionner glitch audio et glitch vidéo, est-ce vraiment nouveau ?
Pas l'esthétique. Les téléviseurs à tube cathodique bidouillés et les magnétoscopes agonisants sont un classique de l'art vidéo et de la musique glitch depuis Nam June Paik, et des synthétiseurs vidéo matériels dédiés, comme le matériel modulaire de LZX Industries, produisent des visuels réactifs à l'audio depuis des années. Ce qui est réellement rare, c'est de faire fonctionner ce couplage dans les deux sens à l'intérieur d'un plugin à 19 dollars, logé dans une chaîne d'effets de DAW classique, plutôt que dans un rack de matériel modulaire ou une application VJ autonome. SampleRoll a fixé le prix de lancement de drft à 19 dollars, contre 39 dollars en prix normal, en VST3 et AU sur macOS et en VST3 sur Windows, avec une version autonome sur les deux plateformes.
« Le son et l'image tournent sur les mêmes boutons. On en tourne un, on l'entend et on le voit bouger ensemble. »



